Bassin du lac du Bourget

publié le 26 juillet 2017
Département  : Savoie
 
Communes  : BRISON-SAINT-INNOCENT, VIVIERS-DU-LAC, CESSENS, SAINT-GERMAIN-LA-CHAMBOTTE, ONTEX, CHINDRIEUX, CHANAZ, JONGIEUX, LUCEY, SAINT-PIERRE-DE-CURTILLE, BILLIEME, BOURDEAU, LA CHAPELLE-DU-MONT-DU-CHAT, CONJUX, SAINT-JEAN-DE-CHEVELU, LE BOURGET-DU-LAC, TRESSERVE, AIX-LES-BAINS
 
Famille de paysages : Paysages naturels
 
Surface (Ha) : 7245
 
Carte(s) IGN :

Impression générale

De l’eau à perte de vue et un horizon bleu cerné au loin de falaises rocheuses baignées dans la brume (1), telle est l’image romantique que procure le lac du Bourget. Il étire l’immensité de ses eaux entre le Mont du Chat à l’ouest (2), et la montagne de la Biolle à l’est (3). Ces deux massifs boisés plongent si brusquement dans l’eau que seule la rive sud-est reste suffisamment large pour que la ville d’Aix les Bains s’y développe. Partout ailleurs, les routes ne peuvent s’implanter qu’en balcon accroché à la falaise rocheuse (4), à l’est, ou perchées à mi-pente dans les bois à l’ouest (5). Quant à la voie ferrée, elle passe parfois sur l’eau, formant des digues protégeant les petits ports de plaisance des villages de la rive est (6). Chacun de ces villages possède en effet un port (7) permettant de profiter agréablement de la vue sur le lac et pourquoi pas d’une ballade en bateau. C’est surtout depuis la rive est, où la RD 991 longe le lac (8), que l’on profite le plus de cette immense étendue d’eau aux reflets changeants selon les saisons. Les extrémités sud et nord du lac sont, quant à elles, occupées par des zones naturelles de marais (9, 10) : vastes zones entre terre et eau, envahies de roseaux où se réfugient les poules d’eau, foulques, hérons et autres grenouilles et rats musqués. La rive ouest, très boisée (11), est marquée par la présence de l’abbaye royale de Hautecombe (12) implantée sur une petite avancée de terre et donnant l’impression de planer véritablement au dessus du lac. Plus haut, des villages isolés au fond d’une combe (13), font vite oublier que l’on est près du lac.

Identification

Le bassin du lac du Bourget présente un paysage très homogène et peu bâti : à 230 mètres d’altitude, c’est un lac très étiré (18 kilomètres de long) orienté nord/sud (1), encadré par les Mont du Chat et de la Charvaz (2), derniers soubresauts du massif du Jura à l’ouest, et, à l’est, par la montagne de la Biolle, le mont Laval et la montagne de Cessens (3), premiers reliefs du massif des Bauges. Les versants très boisés et escarpés de ces massifs limitent la largeur du lac de 2 à 4 kilomètres. Coté est, le lac est également limité par l’agglomération d’Aix-les-Bains. Les rives nord et sud, sont constituées de zones marécageuses : au sud, les marais du Buttet (4) sont alimentés par les eaux de la Leysse, alors qu’au nord les marais de Chautagne (5) s’étendent jusqu’au Rhône et la montagne du Grand Colombier (6). Entouré de ces marais, l’aéroport de Chambéry/Aix-les-Bains au sud du lac, génère un important trafic aérien et préserve une importante surface non bâtie, bien qu’artificialisée (7).Les rives, tantôt construites, tantôt naturelles, sont rythmées par une succession de villages (Brison, Châtillon, Portout, Conjux…) qui s’installent dès que le relief le permet. Quelques édifices remarquables comme le château de Châtillon, et l’abbaye royale de Hautecombe (8) ponctuent le parcours de leur présence monumentale, mais restent discrets face à l’immense masse d’eau. Quelques vignes, sur la rive est (9, 10) annoncent les terres de Chautagne et les vins de Chindrieux, Ruffieux…Les villages de Saint-Pierre-de-Curtille, Ontex et leurs hameaux sont perchés entre 400 et 600 mètres d’altitude (11) dans une combe qui les privent de toute vue lointaine sur le lac. Les pâtures qui s’y sont développées sont de longues parcelles délimitées par des haies d’arbres de haut jet (12). Ces haies forment un réseau qui est encore visible aujourd’hui. Les combes constituent également des milieux spécifiques : zones humides, tourbières et températures plus fraîches qu’au bord du lac.

Qualification

Le lac du Bourget (1) est connu et présenté dans tous les guides sur la Savoie ; c’est le plus grand lac naturel d’origine glacière de France : 44,5 km2, 18 km de long, 145 m de profondeur et un volume d’eau égal à celui de la consommation annuelle nationale.Pendant l’antiquité, le lac se situait sur la route stratégique entre la plaine du Pô et la vallée du Rhône. Par ailleurs, les sources d’eaux chaudes d’Aix-les-Bains ont représenté un attrait pour les Romains qui y ont construit des thermes. Bien plus tard, au XIIe siècle, des moines cisterciens, ont fondé l’Abbaye d’ Hautecombe (aujourd’hui monument historique et site inscrit). Après la révolution française, en 1824, l’abbaye alors ruinée a été rachetée par le roi de Piémont-Sardaigne, Charles-Felix, et rénovée (2) par Ernest Melano, également auteur de la petite église néoclassique de Saint-Pierre-de-Curtille au plan en rotonde (3). La situation isolée de l’abbaye, en promontoire entre lac et relief boisé, en fait un site remarquable. Construit sur une avancée rocheuse sur le lac, le château de Châtillon (inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques) se distingue aussi (4).Vers la fin du XVIIIe siècle, à la faveur d’un retour du thermalisme, poètes et écrivains se retrouvent avec la bonne société sur les rives du lac. C’est alors que se dessine l’image romantique qui caractérise encore le lac (5). Alphonse de Lamartine a beaucoup écrit sur le lac et ses alentours lorsqu’il y résida en 1816.Honoré de Balzac et Alexandre Dumas en ont fait également des descriptions.Aujourd’hui, c’est l’intérêt écologique du lac qui prime. Plusieurs sites de ses rives appartiennent au Conservatoire du Littoral : le domaine de Buttet (6), le Triangle Nue sur le rivage sud, Conjux, et le marais de Chautagne sur le rivage nord (7). Le lac et les marais sont protégés au titre de la nature et des paysages. Les nombreuses zones humides présentes dans les combes de la rive ouest font aussi l’objet d’une protections. En outre, le Lac du Bourget est inscrit à l’Unesco dans l’ensemble des “sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes”, comme les lacs d’Annecy et d’Aiguebelette.On notera également que le lac est très prisé par les sportifs en tous genres : amateurs de voile et de baignade bien sûr, mais aussi cyclistes (un itinéraire de tour de lac est balisé (8, 9)) et randonneurs (les versants boisés et les combes proposent quelques sentiers (10)).

Transformation

La fréquentation des rives du lac du Bourget risque d’augmenter à court terme. En 1999, le Projet Grand Lac, avec l’engagement collectif de l’ensemble des acteurs publics (Conseil Général, Région, État, intercommunalités et Communes du bassin versant) réunis au sein d’un Groupement d’Intérêt Public (GIP), dissous depuis, avait anticipé ce développement. Le projet visait ainsi à retrouver une qualité environnementale et paysagère sur l’ensemble du périmètre, à développer les énergies renouvelables et à conforter le développement touristique en s’appuyant sur la qualité des aménagements et du site. La rénovation des ports et des plages, ainsi que l’aménagement d’ itinéraires cyclables sont des projets programmés (1,2).La qualité des eaux du lac est en constante amélioration. Après une dégradation progressive entre 1950 et 1970 due au rejet de l’ensemble des égouts environnants (Chambéry et Aix-les-Bains), une action de dépollution est engagée depuis le milieu des années 1970. Les rivières qui alimentent le lac, le Tillet ou encore le Sierroz, ont été également assainies. L’objectif est de réduire l’eutrophisation, autrement dit, réduire la dégradation du milieu aquatique liée à un apport excessif de substances nutritives qui augmentent la production d’algues et de plantes aquatiques. Dans les villages des combes, Conjux, Sémalaz et Saint Pierre de Curtille, on note l’apparition de nombreux pavillons (3, 4), tandis que les rénovations de bâtiments traditionnels sont parfois maladroites (5).

Objectifs de qualité paysagère

Le caractère reconnu comme exceptionnel du paysage du Lac du Bourget amène les acteurs de ce territoire à conduire de nombreux projets visant sa valorisation.On notera tout d’abord que le SCOT Métropole Savoie a été approuvé en 2005.Parmi les projets de la Communauté d’Agglomération du Lac du Bourget (CALB), on retiendra la restauration écologique du Sierroz (rivière qui traverse Aix-les-Bains) entre le seuil en amont du pont rouge et le lac.Le Projet Grand Lac, comprend concrètement une centaine d’opérations. Les plus conséquentes sont :le Contrat de bassin versant 2002/2009, représentant le volet « Eau et milieux naturels » de la démarche, animé par le comité intersyndical pour l’assainissement du lac du Bourget ( CISALB )la requalification des berges du lac le long de la RD 1201 entre Viviers du lac et Aix les Bainsla rénovation de l’offre touristique (ports, plages) et l’aménagement d’itinéraires cyclables,la restauration de l’Abbaye d’Hautecombe.On soulignera la qualité des aménagements effectués dans le domaine du Buttet (1, 2) ainsi que ceux en cours le long de la RD 1201 (3, 4, 5). Le parti pris est d’affirmer le contraste ville/nature : l’aspect construit et urbain de la route est affirmé, alors que les berges sont rendues plus naturelles pour rendre aux milieux humides et aquatiques une chance de se développer. Dans un tout autre registre, on soulignera l’existence d’une situation paysagère originale et non dépourvue de qualité : le talus de la voie ferrée qui longe la rive est du lac forme une digue plantée pour les petits ports de Brison-Saint-Innocent et Brison (5). Les bateaux sont donc amenés à passer sous les trains pour sortir du port.Dans les combes, on soulignera l’importance des grandes structures paysagères (réseau de pâtures et de haies d’arbres (6)) qui doivent être préservées et confortées pour devenir un élément fort du paysage. Aujourd’hui, l’urbanisation de parcelles agraires au gré des opportunités foncières crée un nouveau paysage qui s’affranchit de cette ancienne organisation et privilégie une ville diffuse indifférente aux spécificités du lieu. La densité et le regroupement des constructions afin de préserver des terres agricoles ne serait-elle pas un meilleur objectif pour que le paysage bucolique (7) de ces combes ne disparaisse pas ?L’alignement de platanes à Aix-les-Bains est un patrimoine végétal de grande qualité à surveiller (8, 9).