4.03 Contreforts de Margeride

publié le 13 août 2013 (modifié le 2 février 2017)

Ce texte est le résultat d’un agencement des choses dites par des paysagistes et leurs invités, tous embarqués dans une camionnette-voyageuse à travers l’Auvergne. Pour cet ensemble de paysages, il a été écrit à partir de tout ce qu’ils ont été capables de voir ensemble, durant les itinéraires n°05 et n°10 des ateliers mobiles des paysages qui se sont tenus le 21/06/2011 et le 20/07/2011.

  1. SITUATION

L’ensemble de paysages des Contreforts de Margeride comprend un ensemble de reliefs d’altitude moyenne, situé à cheval sur les départements de la Haute-Loire et du Cantal. Bordé à l’est par l’ensemble de la Vallée et des gorges de l’Allier (9.02), à l’ouest par celui de la Vallée et des gorges de l’Alagnon (9.05) et au sud par celui de la Margeride (1.08), cet ensemble de paysages se caractérise par une succession de gradins, montant progressivement de 600 mètres à Lorlanges (au nord) jusqu’au pied des crêtes de la Margeride, à Montchamp (1100 mètres).

Cet ensemble appartient à la famille de paysages : 4. Les campagnes d’altitude

Les unités de paysages qui composent cet ensemble : 4.03 A Plateau de Lorlanges / 4.03 B Plateau de Saint-Beauzire / 4.03 C Plateau d’Ally / 4.03 D Plateau de la Chapelle-Laurent / 4.03 E Plateau de Rageade et de Lastic (Transition avec 1.08 Margeride).

  2. GRANDES COMPOSANTES DES PAYSAGES

2.1 Une forme générale de pénéplaine.
Plateau agricole non loin de Talairat
L’un des traits dominants de cet ensemble de paysages tient à la nature de son sous-sol, constitué par des séries métamorphiques offrant d’un secteur à l’autre une diversité de roches affleurantes, majoritairement gneissiques. Si les morsures profondes des vallées, comme le Céroux, confèrent à cet ensemble la forme générale d’une pénéplaine, un ensemble de failles et de fractures d’orientation nord-sud marquent plus finement les reliefs et permettent à l’œil de distinguer de nombreuses entités, souvent différenciées par gradins successifs. En quittant Brioude en direction de Saint-Flour, la route départementale 586 révèle bien le système de gradins, alternant bois et prairies, qui caractérise l’ensemble de paysages, basculant après Saint-Beauzire sur l’ensemble de la Vallée et des gorges de l’Alagnon. La pratique agricole dominante est l’élevage, sur des replats de plus en plus ouverts, contrastant avec les versants boisés des vallées.

2.2 Une vocation agricole dominante qui s’organise aujourd’hui en grosses structures modernes visibles.
Exploitation agricole à proximité de Lestival
Si la vocation agricole dominante est celle de l’élevage, les paysages résultant de ces activités témoignent d’évolutions notables. En particulier, la constitution de structures d’exploitation plus importantes (comme les regroupements de type GAEC) se lit au travers de l’émergence de bâtiments de grande taille, occupant des positions désormais excentrées vis-à-vis des hameaux plus anciens. Bardages bois, charpentes métalliques et à présent toitures solaires sont la marque la plus forte de ces nouveaux sièges d’exploitation, à partir desquels s’organisent des parcellaires parfois continus, dont la réunion facilite le travail des exploitants, l’acheminement du bétail, mais offre aussi le risque d’un appauvrissement des structures paysagères, voire de la biodiversité par l’artificialisation des prairies.

2.3 Des différences liées à la plus ou moins grande proximité des infrastructures de transport ou des centres urbains.
A75 après le col de la Fageole
L’ensemble de paysages des Contreforts de la Margeride est un espace complexe et difficile à cerner car son occupation subit de multiples influences principalement liées à la situation récente générée par la construction de l’autoroute A75, il y a une vingtaine d’années : à l’ouest, influence directe de l’autoroute qui traverse du nord au sud la frange occidentale de ces contreforts ; à l’est, influence indirecte de l’autoroute qui permet, dans la vallée de l’Allier, de nouveaux développements de l’habitat du fait de la facilité nouvelle d’accès vers Clermont-Ferrand. Une fois atteints les différents plateaux, la polarisation sur le secteur du Brivadois et sur celui de Massiac s’estompe peu à peu en direction du sud. L’altitude et l’isolement des secteurs habités confèrent aux paysages des ambiances plus montagnardes, tandis que s’annonce la longue crête de la Margeride. De multiples lentilles volcaniques diversifient les sols, les reliefs et offrent de très beaux surplombs, comme à Loubarcet (1063 mètres d’altitude) ou aux Loubières (1112 mètres d’altitude).
Ces influences plus ou moins importantes génèrent des déséquilibres ou des différences dans l’occupation du territoire qui redistribuent la carte de cet ensemble.

2.4 La cristallisation de "petits confins".
Village inhabité de Cronce
Certaines portions de ces territoires, contrairement à d’autres qui profitent des évolutions actuelles, subissent les deux contrecoups de la modernisation des pratiques agricoles et de l’accélération des différenciations par le jeu des proximités plus ou moins grandes avec les voies de communication nouvelles. Il en résulte des espaces d’abandon très singuliers qui tout à coup cristallisent des situations de "petits confins", productions nouvelles de nos modes de vie actuels. L’exemple de la vallée de la Cronce, en limite de l’ensemble de paysages vers le sud-est, sur le versant Allier, est très schématique de ce processus de différenciation.

2.5 Un exemple de "petit territoire de confins" : la vallée de la Cronce.
Vallée de la Cronce
Chaque vallée qui descend de la Margeride vers l’Allier a un caractère différent (Desges, Avesne, Cronce…). La vallée de la Cronce donne tous les signes de l’abandon de ces petits "territoires de confins" où l’occupation humaine tient aujourd’hui à peu de choses. Le village de Cronce s’est vidé de ses habitants. Ne restent que quelques permanents. La plupart des maisons sont des maisons secondaires occupées temporairement pendant l’été ou les week-ends. Les fermes étaient petites. Elles n’ont pas résisté aux évolutions de l’agriculture des dernières décennies. « Les brigades vertes » entretiennent les espaces du village. Cela donne une impression de village habité bien qu’il soit presque vide. Les terrains ouverts sur le versant sud de la vallée sont des landes climaciques à genêt purgatif. La commune de Cronce est divisée en trois hameaux. Les deux autres sont sur les hauteurs de la vallée et ne sont pas abandonnés. La mairie, dans le bourg, est en fond de vallée. Jadis, la liaison se faisait à pied en remontant les pentes vers les hameaux en hauteur. Aujourd’hui, il faut faire un grand détour par la route pour les rejoindre.

2.6 Occupation ancienne des points hauts.
Dans la partie nord de l’ensemble de paysages, de nombreux châteaux ponctuent l’espace des plateaux et vallées : au Bos, à Lespinasse, à Chabreuges, à Védrines, à Lachaud, à la Chomette par exemple.

2.7 Après la modernisation de l’agriculture, un deuxième mouvement d’industrialisation : l’énergie éolienne.
Eoliennes d'Ally
Un trait marquant de l’évolution récente de l’ensemble des paysages des Contreforts de Margeride est l’émergence de grands parcs éoliens, notamment à partir et autour des plateaux d’Ally et de Mercœur. Si cette première implantation, dès 2003, a fondé sa réputation sur un projet local de restauration du patrimoine des moulins à vent, de tels projets s’ils venaient à se multiplier pourraient à terme constituer un risque de saturation de l’espace par les éoliennes et un facteur de déprise résidentielle. Cette industrialisation du paysage rural, déjà largement accompagnée par les installations photovoltaïques sur les nouveaux hangars agricoles, pourrait être accentuée par l’installation de centrales à énergie solaire au sol.

2.8 La vie autour de la voie ferrée désaffectée : exemples de reconversion d’une infrastructure abandonnée.
Ancienne plateforme ferroviaire transformée en scierie à la Chapelle-Laurent
Fermée et déposée, l’ancienne voie ferrée reliant Brioude à Saint-Flour traversait les contreforts de la Margeride. Elle accusait un dénivelé important et avait entraîné la construction de nombreux ouvrages d’art. Par-ci par-là, les tunnels ont été réutilisés pour des usages locaux variés. En voici quatre exemples :

  1. Le tunnel ferroviaire à fromages : à Cournil, la voie ferrée remontait la vallée du Céroux. Elle a été transformée en chemin suffisamment solide et large pour que des camions puissent l’emprunter. Le chemin est une voie sans issue. Au bout, un tunnel ferroviaire a été transformé en local de stockage et d’affinage du fromage (tome du Cantal). Des cars entiers de touristes viennent visiter le tunnel à fromages ;
  2. La maison de garde-barrière : dans la partie basse de Cournil, la maison et le terrain du garde-barrière ont été transformés en partie en ferme ;
  3. La voie ferrée constructible : en entrant dans la Chapelle-Laurent, une maison a été construite sur le talus de la voie ferrée. Les terrains de la voie ferrée sont redécoupés en parcelles de foncier à bâtir pour étendre le bourg ;
  4. Autour de la gare désaffectée : à la sortie d’un bourg, l’ancienne zone de la gare est devenue une zone d’activité de campagne. Une laiterie et une scierie sont en fonctionnement. La place devant la gare est utilisée pour le stockage de bois de la scierie.

  3. MOTIFS PAYSAGERS

3.1 Les lieux et motifs du fromage.
Il y a un "paysage du fromage" en Auvergne. Il rassemble des formes d’aménagement et des lieux qui parfois peuvent être très singuliers (comme le tunnel de stockage de Cournil). Il commence par la qualité de l’herbe dans les prés et toutes les variations de gestion que cela implique en fonction des altitudes et des situations climatiques. Il comprend toutes les formes de stockages temporaires de l’herbe et les différentes apparences des champs au cours de l’année. Il comprend les troupeaux de vaches ou ovins qui sont, en ce qui concernent les vaches, des motifs paysagers, au moins dans le Cantal. Il comprend tous les chemins qui servent au système de déplacement des troupeaux : drayes spécialement fabriquées pour canaliser les bêtes ou chemins de tailles variables menant aux champs entre les haies… Il comprend tous les systèmes de délimitation ou de fermeture des parcelles (haies, fossés, clôtures à piquets de pierre ou de bois…). Il comprend les différentes façons dont les arbres isolés sont présents (au bord des villages, des fermes, des routes et des parcelles) et les modes d’exploitation ou de taille de chacune en fonction de l’usage fourrager qui en est fait ou qui en a été fait. Il comprend encore tous les "outils" actuels des agriculteurs, tous les bâtiments d’exploitation avec souvent, comme motif plus contemporain, l’association stabulation-maison d’agriculteur. Aujourd’hui, un motif est en voie d’apparition : la toiture photovoltaïque. Enfin, il comprend tous les lieux de fabrication, de stockage et d’affinage qui peuvent être variés et surprenants : burons d’altitude, caves à fromage creusées dans la pierre ponce à Champeix, caves à Saint-Diery similaires aux caves d’Aubière utilisées pour le vin, tunnel de Cournil… Au-delà, il comprend même le système de distribution du fromage qui prend différentes formes dont celle du marché local et celle de points de vente directe comme à la fromagerie de la Chapelle-Laurent (cf. exemples de projet locaux).

3.2 Moulins à vent.
Vers Saint-Poncy, depuis la route départementale 10, on peut voir en contreplongée un moulin à vent en état de marche. Il avait été positionné sur une crête au-dessus de la vallée de l’Alagnonnette. L’utilisation de l’énergie du vent sur le plateau d’Ally est ancienne. Trois moulins de ce genre préexistaient au projet d’installation du champ éolien.

  4. EXPERIENCES ET ENDROITS SINGULIERS

4.1 La zone d’activité fantôme.
Au bord de l’autoroute A75, une zone d’activité économique a été implantée. Des travaux relativement importants d’aménagement ont été réalisés. La route a été recalibrée. La première tranche de travaux a eu lieu en 2007. La deuxième en 2008. Jusqu’à aujourd’hui, en 2011, seule une cuve de stockage de gaz liquide à été installée. Le reste est vide. Aucune entreprise n’est venue s’installer à cet endroit pourtant entièrement pré-aménagé à cet effet. Une étude réalisée par la Caisse des Dépôts et des Consignations indique que pour 100 hectares urbanisés, 25 hectares deviennent ensuite des "délaissés" (source : la Forêt des délaissés - l’Atelier, Éd. Institut Français d’Architecture, 2000, textes de Francis LACLOCHE (CDC), L’Atelier, Gilles CLÉMENT, Romain PARIS, ADEF). La zone d’activité récemment aménagée a permis l’installation d’une végétation pionnière intéressante et diversifiée. Elle est en train d’évoluer vers une phase de démarrage forestier. C’est un très beau "jardin en mouvement" favorable à l’installation d’une forme de diversité végétale et animale, bien qu’elle soit le résultat de l’échec d’un aménagement.

4.2 Les nombreux points de vue panoramiques.
Du fait de l’organisation générale des reliefs des contreforts de la Margeride, on s’y trouve souvent soit sur des points de vue en balcon sur des vallées, soit sur des points hauts panoramiques à trois cent soixante degrés. Pour exemples : point de vue du Loubarcet, point de vue des Loubières, point de vue de Volmadet, point de vue du village de Vernières près de Massiac, point de vue de la table d’orientation au-dessus de Lestival près de Langeac…

4.3 Borne kilométrique en pierre de taille : le petit patrimoine routier.
Après Lubilhac et la Fage, une ancienne borne kilométrique en pierre de taille de grande dimension qui sert à signaler la démarcation entre le département du Cantal et celui de la Haute-Loire est toujours en place. Ce genre de bornes départementales devient de plus en plus rare le long des routes. Comme les bornes kilométriques, elles sont remplacées par des panneaux métalliques. Elles deviennent de fins piquets d’une cinquantaine de centimètres de hauteur surmontés d’un petit panneau qui ressemble à une étiquette de jardin botanique. Les bornes anciennes, par leur rareté et leur âge, peuvent être considérées comme une forme de "petit patrimoine routier". Devenues désuètes, divers travaux routiers ont modifié les distances kilométriques entre les bornes entrainant leur retrait systématique. Alors même qu’une route est un linéaire de signes, une grande source d’émission de signes dans les territoires. La route départementale 7, puis la 175 et la 12 dans l’ensemble des Contreforts de la Margeride, témoignent encore de l’existence de ce petit patrimoine ordinaire auquel on accorde peu d’attention.

  5. CE QUI A CHANGE OU EST EN TRAIN DE CHANGER

  • L’installation d’éoliennes
    Dans ces paysages fortement marqués par l’alternance de plateaux cultivés et de vallées boisées, les dynamiques d’installation d’éoliennes ont contribué depuis 2003 à une transformation importante de ces ambiances. L’installation d’éoliennes autour d’Ally a alimenté une production d’images nouvelles du secteur, associant souvent les nouveaux aérogénérateurs et les moulins emblématiques du plateau.
  • L’agrandissement des exploitations agricoles.
    (cf. Grandes composantes de paysages : une vocation agricole dominante qui s’organise aujourd’hui en grosses structures modernes visibles.)
  • Boisements et enfrichement dans les vallées et dans les têtes de vallées.
    (cf. Grandes composantes de paysages : la cristallisation de "petits confins".)
  • Influences diverses de l’autoroute A75.
    Elles se font ressentir aujourd’hui dans le paysage : développement pavillonnaire autour des hameaux agricoles ; déséquilibre de l’occupation du territoire par le jeu des proximités avec les axes de communication ; construction de zones d’activités déjà désuètes le long de l’autoroute…
    (cf. Grandes composantes de paysages : des différences liées à la plus ou moins grande proximité des infrastructures de transport ou des centres urbains.)
    (cf. Expériences et endroits singuliers : la zone d’activité fantôme.)

  6. VERSION IMPRIMABLE

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Fiche imprimable 4.03 Contreforts de Margeride
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  7. PHOTOTHEQUE

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