Vallées du Chassezac et de l’Ardèche et plaine de Vallon

publié le 9 mai 2017
Département  : Ardèche
 
Communes  : VAGNAS, VALLON-PONT-D’ARC, VOGUE, LAGORCE, BALAZUC, CHAUZON, LABEAUME, PRADONS, ROCHECOLOMBE, RUOMS, LANAS, CHANDOLAS, GROSPIERRES, SAINT-ALBAN-AURIOLLES, SAMPZON, SAINT-MAURICE-D’ARDECHE, SAINT-PAUL-LE-JEUNE, BANNE, BEAULIEU, BERRIAS-ET-CASTELJAU, SALAVAS
 
Famille de paysages : Paysages émergents
 
Surface (Ha) : 12026
 
Carte(s) IGN : 29 39 OT

Impression générale

Les plaines de l’Ardèche et du Chassezac sont comme une respiration dans la descente des eaux depuis les hauteurs cévenoles et de Lozère. Débouchant du plateau des Gras, le Chassezac, mais aussi la Baume et la Ligne se jettent dans l’Ardèche, comme si les eaux profitaient de cette dépression pour se réunir avant de s’engouffrer dans l’impressionnant défilé des gorges de l’Ardèche en aval de Vallon-Pont-d’Arc. Ces plaines fertiles sont propices à l’agriculture, en particulier la viticulture, mais aussi le maraîchage et les cultures céréalières. Les bourgs villages et hameaux sont implantés en limite des terres inondables et agricoles, s’appuyant sur les premiers reliefs, les utilisant parfois comme place forte comme à Salavas.Cette large dépression est aussi un axe de circulation important vers le Sud-Ouest en direction d’Alès à travers la plaine de Jalès et vers le Nord-Est en direction d’Aubenas et de Montélimar.Mais cette organisation traditionnelle est entrée depuis quelques années dans une mutation rapide du fait du développement touristique lié à la proximité des gorges de l’Ardèche : campings, villages de vacances, gîtes saisonniers, hôtels, locations de canoës s’étendent sur les rives des cours d’eau ou sur les terres agricoles, bordant les routes d’équipements commerciaux, d’enseignes et de publicités. Dans ce secteur se concentrent les principales infrastructures touristiques du département de l’Ardèche. C’est ici clairement l’activité principale qui inféode les autres activités, fixe les prix fonciers et immobiliers, rythme les saisons… Si l’unité est peuplée de moins de 10.000 habitants à l’année, elle forme une agglomération de plus de 50.000 habitants en période estivale. La structure viaire et urbaine de cette unité s’avère rapidement inadaptée à cette augmentation massive et ponctuelle de la population. Passé l’afflux estival, c’est l’agriculture qui porte économiquement ce territoire : caves particulières et caves coopératives ponctuent le paysage.Territoire marchandise proche de la saturation en terme de capacité d’accueil du milieu naturel et humain, il tend à se banaliser alors qu’il donne accès au site magnifique des gorges de l’Ardèche qui abrite la grotte Chauvet. Même si cette unité offre encore des espaces de qualité comme la plaine agricole aux alentours de la commanderie de Jalès, son image a basculé du fait des infrastructures touristiques.

Identification

La continuité de l’unité est rendue lisible par le relief calcaire qui en définit les contours et par les axes routiers qui permettent de la parcourir de façon linéaire. Cependant, le phénomène de confluence et le nœud que constitue le secteur de Ruoms rend cette lecture parfois difficile tend il rompt la linéarité. Le passage d’espaces de vallée à des espaces de plaine participe à brouiller cette lisibilité liée à la présence des cours d’eau.La présence agricole renforce la lisibilité de la plaine : l’agriculture s’arrête généralement dès les premiers reliefs.limites de l’unité : L’unité est limitée au Nord-Ouest par le plateau des Gras qui s’élève progressivement jusqu’à 100 ou 150 mètres au dessus de la plaine. Au Nord, l’unité s’arrête au défilé de Vogüé. Au sud et à l’est, l’unité est limitée par les reliefs calcaires de la Montagne de la Serre et les collines du massif du Serre des Barres. A l’aval, c’est l’entrée des gorges de l’Ardèche qui marquent la fin de l’unité paysagère.L’identité de cette unité repose sur la proximité des gorges de l’Ardèche et sur le nom d’un village : Vallon-Pont-d’Arc. A ce nom s’associe l’image d’un territoire très touristique, faisant rêver certains (nature, soleil, sport, vacances…) et faisant fuir d’autres (surfréquentation, marchandisation, banalisation, mauvais goût…).Cette unité est marquée par la confluence des rivières descendant de la Lozère et des Cévennes, après le passage du plateau des Gras et avant la traversée de l’important massif calcaire creusé par les gorges de l’Ardèche. La compréhension du paysage de cette unité passe par la compréhension spatiale du phénomène de confluence. La trame urbaine et agricole est rendue peu lisible par l’omniprésence visuelle de l’activité touristique et commerciale dans certains secteurs. La plaine de Jalès constitue une exception dans cet ensemble, car elle semble encore épargnée par l’économie touristique. Les plaines qui accompagnent cette confluence sont fertiles et propices à l’agriculture, en particulier la viticulture (AOC côtes du Vivarais). Cette activité agricole est concurrencée depuis plusieurs décennies par l’extrême attractivité touristique des gorges de l’Ardèche auxquelles cette unité donne accès.Le paysage de cette unité est fortement marqué par cette activité touristique qui se perçoit principalement le long des routes et des rivières, principaux axes de découverte de l’unité. Ainsi, l’image de cette unité se construit sur la base des « signaux » de l’économie touristique, faits pour être perçus depuis les axes de circulation.L’important est ici de sentir le contraste entre l’image que donne un paysage-marchandise (avec ses enseignes publicitaires, ses références économiques sans ancrage territorial, etc…) et celle du paysage vivant et actif ; entre les signes clinquants de l’éphémère et ceux discrets de la permanence, pas forcément moins modernes que les premiers, entre la trace trompeuse de la consommation et celle plus franche d’une valorisation intégrée du territoire…Prendre la route de Ruoms à Vallon en période estivale est un voyage dans ce paysage-marchandise : en bord de route, une succession d’enseignes indiquant campings, villages de vacances ou plages privées, de canöés multicolores dressés, de parkings sans forme accueillant des étals provisoires… Et avoir dans la tête que cela mène à cet espace sacré et merveilleux des gorges de l’Ardèche, de la Combe d’Arc, écrin de la grotte Chauvet. L’image des marchands du temple est inévitable… Alors vient l’envie de résister : passer derrière cette première impression, traverser ce miroir commercial, découvrir la vraie « vitrine » de ce territoire : voir les paysages que cachent les enseignes… Suivre le cours de l’Ardèche ou du Chassezac, se laisser mener par le courant… Ou bien se perdre dans l’étendue blanche et sèche de la plaine de Jalès… On pense à l’Espagne, à l’Italie, à ces grandes plaines agricoles du bassin méditerranéen. Ici une vieille gare désaffectée, témoignage de l’ancienne voie de chemin de fer, une façade blanchie à la chaux, ces mûriers dans les prés qui parlent de l’époque du vers à soie… Et la trace de l’eau qu’évoque le nom d’un hameau, « les Vernèdes »… Ces villages restaurés, habités à l’année, ces vieilles fermes qui prennent désormais l’allure de châteaux du bordelais, un espace entretenu par l’agriculture, un territoire vivant que bordent des montagnes entières couvertes de chênes… Un territoire qui se lit à sa toponymie : commanderie de Jalès, Grospierres, Grande Terre, la Rouvière, le Champ du Gras… De l’eau, des terres fertiles, un paysage ouvert, un climat accueillant, des pierres pour s’abriter, une image du paradis simple et humain… Mais surpeuplé deux mois de l’année parce qu’à côté se trouve « le temple »… Et les traces de ces 2 mois de saturation estivale qui persistent le reste de l’année…Entre le disneyland du Domaine du Rouret et l’image simple du village de Lanas, ce territoire joue sur tous les tableaux et son image se perd dans cette contradiction… Peut-on envisager une « vision commune » sur un territoire à ce point écartelé par des tendances si distinctes ? Mais le terme de territoire n’a probablement plus de sens ici : on se retrouve dans cette urbanisation d’archipel où les continuités, les cohérences ne jouent plus, laissant place à la juxtaposition à l’autonomie des éléments… La ville émergente à la campagne et ce, pour deux mois de l’année qui conditionnent les autres mois… et la vie de ceux qui vivent là à l’année.

Qualification

Paysages exceptionnels et remarquables présents : Balazuc (remarquable) ; BOIS DE PAIOLIVE (exceptionnel) ; DEFILES DE RUOMS (exceptionnel) ; GORGES DE LA BAUME (exceptionnel) ; GORGES DE L’ARDECHE (exceptionnel) ; PLATEAU CALCAIRE A L’EST DES VANS (remarquable) ; PLATEAU DES GRAS (remarquable) ; REGION DES VANS (remarquable) ; VALLEE DE L’ARDECHE ENTRE RUOMS ET VALLON PONT D’ARC (remarquable) ; VALLEE DE L’ARDECHE ENTRE RUOMS ET VOGUE (remarquable). La principale valeur actuelle de cette unité est touristique, non en terme de site mais sous l’aspect économique et commercial. La seconde valeur est agricole, compte tenu de la fertilité des terres de ce secteur de confluence.Si la valeur agricole tient aux caractéristiques internes à l’entité, la valeur touristique tient à la présence à proximité de sites naturels exceptionnels et internationalement reconnus : les gorges de l’Ardèche et la Réserve Naturelle en premier lieu, mais aussi les sites secondaires de l’unité paysagère des Gras.

Transformation

La mutation majeure connue depuis plusieurs décennies par cette unité est liée à la pression touristique et à la multiplication des infrastructures d’accueil et commerciales. Cette mutation se poursuit et s’intensifie avec la nouvelle valorisation que connaît ce territoire depuis la découverte de la grotte Chauvet. Cette mutation se concentre autour des axes routiers et des cours d’eau qui sont les principaux axes de découverte de l’unité : de ce fait cette mutation a totalement modifié l’image de ce territoire traditionnellement agricole. La juxtaposition des objets sans rapport au contexte (les noms des établissements participent à cette impression) en bordure de route rapproche mentalement ce paysage des zones commerciales des entrées de villes. Le développement de villages d’accueil autonomes et indépendants des structures urbaines existantes constitue une nouvelle rupture qui plonge radicalement ce territoire dans la famille des paysages émergents. Au-delà de l’image offerte qui est en contradiction totale avec l’exceptionnelle qualité des sites naturels majeurs auxquels cette unité donne accès, c’est bien le fonctionnement de cet espace qui poursuit une mutation fondamentale en se déconnectant de plus en plus des réalités du territoire. La saturation du réseau viaire, de la capacité du milieu naturel et humain à accueillir sans dommage une telle population touristique sont des indices d’alerte qui montrent que cette mutation n’est pas durable.L’affirmation de l’intérêt collectif est nécessaire pour infléchir une tendance où les enjeux financiers endogènes et exogènes sont tels qu’ils rendent extrêmement difficile toute décision visant à en limiter le développement.. Précisions : Le paysage présentant peu de relief est vulnérable aux mutations essentiellement en bordure des itinéraires de découverte : ainsi, même si les évolutions récentes sont proportionnellement faibles à l’échelle de l’unité, elles ont un impact fort car elles se concentrent en bordure des routes.

Objectifs de qualité paysagère

. Prendre conscience des signes de saturation du territoireLes dysfonctionnements paysagers que rencontre cette unité ne relèvent pas simplement d’un travail sur l’amélioration de la qualité paysagère des aménagements mais plus fondamentalement de l’omniprésence et l’omnipotence de l’économie touristique qui contraint le développement de ce territoire. Ce développement présente des signes de non durabilité qu’il convient d’analyser et de mettre en évidence car ce sont eux qui vont justifier l’inflexion nécessaire. Ainsi, l’analyse des capacités du milieu à accueillir une telle population devient urgente par exemple en matière de ressource en eau comme de qualité des eaux. D’un point de vue purement paysager, la détérioration du paysage quotidien (qui s’apparente de plus en plus à une grande zone commerciale) montrera vite sa contradiction avec l’enjeu de valorisation culturelle de l’ensemble constitué par la grotte Chauvet et les Gorges de l’Ardèche. La mise en évidence de ces contradictions, par le biais par exemples d’enquêtes de satisfaction des touristes réels et potentiels, devrait permettre de repositionner la qualité paysagère au cœur des enjeux de ce territoire.. Mettre en place une politique paysagère à l’échelle de l’unitéLa mise en place d’une charte paysagère et d’un plan paysage apparaît comme une perspective de maîtrise et d’action de la qualité paysagère. Cette charte devra en particulier prévoir des recommandations spécifiques sur les enseignes et publicités, sur l’architecture commerciale comme l’architecture touristique ou encore le traitement des aménagements routiers. Elle devra en particulier définir des cônes de vue à préserver et valoriser afin que le paysage de l’unité reste sa principale vitrine, plutôt que de créer de faux paysages en toc au milieu des ronds points.. Protéger les terres agricoles et valoriser les paysages agricolesL’agriculture constitue une valeur traditionnelle de cette unité et la concurrence avec l’urbanisation doit faire l’objet d’un arbitrage clair : les terres agricoles doivent être préservées car elle garantissent sur le long terme une valeur à ce territoire. Les paysages agricoles peuvent être valorisés à des fins touristiques mais aussi comme participant au cadre de vie des résidents permanents.. Concentrer l’urbanisation, éviter le mitage :Corollaire du point précédent, la préservation des terres agricoles comme des espaces naturels suppose de limiter l’urbanisation et de densifier les secteurs constructibles actuels. L’émergence progressive d’une « ville » (50.000 habitants) aux portes des gorges de l’Ardèche mérite d’être mûrement réfléchie, en particulier du point de vue des formes urbaines et des modes de déplacement.. Préserver et valoriser les paysages de l’eau :Les cours d’eau constituent à la fois des éléments identitaires de cette unité paysagère et un facteur d’attractivité. La faible perception de leur présence atténue l’intérêt de ce paysage. La valorisation des vues, des relations entre espace urbanisé et rivière, entre route et rivière participerait à requalifier les paysages de cette unité.. Développer un réseau de pistes cyclables : Espace touristique densément peuplé, saturation des routes, relief quasi inexistant, emprise publique linéaire disponible (l’ancienne voie ferrée) : tous les ingrédients sont là pour le développement d’autres modes de déplacement et en particulier la mise en place d’un réseau de pistes cyclables à usage fonctionnel et de découverte du territoire. La création d’un tel réseau, en donnant à voir autre chose que ce que l’on découvre depuis les routes constitue un facteur efficace de modification de l’image de ce territoire (voir le cas de l’île d’Oléron). intégrer le paysage dans les aménagements :L’architecture comme les aménagements de l’espace traditionnels ont mis au point des dispositif efficaces (comme par exemple pour la gestion des eaux de ruissellement) qui n’attendent qu’à être réinterprétés. Par ailleurs, la valorisation des vues sur le grand paysage est toujours préférable à la création anodine d’un micro-paysage ponctuel.