Plaine d’Alba/Lavilledieu et rebords sud du plateau du Coiron

publié le 5 mai 2017 (modifié le 19 décembre 2019)
Département  : Ardèche
 
Communes  : AUBIGNAS, VOGUE, ALBA-LA-ROMAINE, BERZEME, SAINT-ANDEOL-DE-BERG, SAINT-GINEIS-EN-COIRON, SAINT-JEAN-LE-CENTENIER, SAINT-PONS, SCEAUTRES, VILLENEUVE-DE-BERG, DARBRES, FREYSSENET, GRAS, VALVIGNERES, SAINT-GERMAIN, LAVILLEDIEU, LUSSAS, MIRABEL, SAINT-ETIENNE-DE-BOULOGNE, SAINT-LAURENT-SOUS-COIRON, SAINT-PRIEST, ROCHECOLOMBE, SAINT-THOME
 
Famille de paysages : Paysages ruraux-patrimoniaux
 
Surface (Ha) : 15879
 
Carte(s) IGN : 2938 E et O

Impression générale

Cette unité constitue une vaste dépression a vocation agricole et résidentielle entre les plateaux des Gras et du Coiron et la Montagne de Berg. Elle constitue un passage entre le piémont cévenol (Aubenas) et la vallée du Rhône (par la N102), assurant une transition culturelle et la mettant en liaison directe avec plusieurs bassins d’emplois. Abritée par le relief sans être enfermée, cette unité bénéficie d’un climat très favorable et de sols alluvionnaires lui conférant à la fois une forte valeur agricole et résidentielle. La présence d’Alba-la-Romaine, capitale du peuple des Helviens et premier siège des évêques du Vivarais, comme celle du domaine Olivier de Serres, berceau de l’agriculture moderne, témoignent de cette double attractivité reconnue depuis l’antiquité. La vigne, mais aussi les arbres fruitiers et les céréales occupent les espaces plans, remontant le long des reliefs.Ces conditions très favorables engendrent aujourd’hui une forte pression résidentielle (permanente et secondaire) sur l’ensemble de l’unité, se traduisant par la multiplication des villas particulières. Pourtant, à l’exception de quelques aménagements lourds réalisés sans relation au lieu, l’ensemble de l’unité dégage encore une harmonie liée à la cohabitation sereine entre habitat et cultures. Le relief doucement vallonné, la multiplicité des sites favorables et la qualité des vues offertes depuis les versants sud des reliefs, comme l’aspect jardiné du paysage participent à cette harmonie. Cependant, les dynamiques en cours sont telles que cet équilibre pourrait être menacé si un travail de maîtrise de l’urbanisme et de l’architecture n’est pas engagé.Enfin, dominant l’unité, demeure la ligne sombre de la corniche basaltique du Coiron qui constitue comme une couronne autour de ce jardin merveilleux.

Identification

L’unité étant constituée d’une dépression alluvionnaire, elle subit les influences des reliefs alentours qui sont de natures très différentes. Entre la corniche basaltique du Coiron dont les influences s’étendent jusqu’à Alba la Romaine et le calcaire karstique du plateau des Gras, les ambiances paysagères varient fortement. L’unité se structure donc autour de ce phénomène de dépression, renforcé par la présence d’un axe de circulation majeur, la N102, reliant Montélimar au Puy via Aubenas. Cet axe était aussi utilisé par le chemin de fer, dont la voie demeure et est encore partiellement exploitée à des fins touristiques (St-Jean-le-Centenier/Vogüé). Le long de cet axe, les villages ont préféré des implantations en position dominante, affirmant cette fonction de contrôle (tour de Mirabel). Enfin, la vigne, présente quasiment sur toute l’unité sauf les hautes pentes du Coiron, joue un rôle unificateur.limites de l’unité : Au Nord, l’unité est limité par le plateau du Coiron (n°287-Ar) dont les rebords sont entaillés de profondes vallées, provoquant une interpénétration en doigts de gant entre les deux unités. Cette limite est accentuée visuellement par la corniche basaltique et par la différence d’altitude (+4 à 500m). A l’ouest, l’unité s’arrête où débute le plateau des Gras (n°289-Ar) : cette limite est plus douce compte tenu de la faible différence de niveau (environ 100m) et d’un versant progressif. Au Sud, c’est la montagne de Berg (n°299-Ar) qui forme limite : ce massif de collines calcaires s’arrête de façon nette, même si la longue vallée de Valvignères y pénètre largement. Enfin, à l’Est, c’est le relief calcaire du plateau du Laoul (n°299-Ar) et de la Costière du Rhône (n°260-D-Ar)L’identité de cette unité repose sur trois aspects :- la présence d’Alba la Romaine qui ancre ce secteur dans une culture latine méditéranéenne et favorise un mode d’habiter : la villa dans sa relation à un paysage jardiné.- la vigne, complément du point précédent, cultivée en parcelles de tailles moyennes donnant à l’ensemble cet aspect jardiné, familier, à échelle humaine. Ce paysage jardiné a un emblème : le Domaine Olivier de Serre, berceau de l’agriculture moderne.- la corniche basaltique du Coiron qui domine et abrite l’unité.Même s’il s’agit d’une unité aux franges très découpées, elle se lit de façon globale du fait de ses limites marquées par des reliefs significatifs. De même, elle se parcourt principalement selon un axe majeur, la N102, qui donne une lecture cinétique et complète de l’ensemble.C’est cet aspect jardiné, établissant une relation harmonieuse entre culture et habitat, qui constitue l’attrait et la poésie de ce paysage. Etrangement, malgré une architecture sans intérêt, les villas récentes prennent place dans cet ensemble \’tenu\’ par l’agriculture, dans une relation au paysage qui ne relève pas de la \’colonisation\’, mais bien de la symbiose.Par ailleurs, aux franges de cet ensemble, le paysage conserve son aspect mystérieux, naturel : la corniche basaltique du Coiron cache l’au-delà du plateau ; les Gras s’étendent à l’Ouest comme un espace désertique et la montagne de Berg, encore pâturée ponctuellement, laisse imaginer une étendue d’herbages.

Qualification

Paysages exceptionnels et remarquables présents : Alba (remarquable) ; Aubignas (remarquable) ; Balmes de Montbrun (remarquable) ; Mirabel (remarquable) ; PLATEAU DU COIRON (remarquable) ; Sceautres (remarquable) ; VALLEE DE L’ARDECHE ENTRE RUOMS ET VOGUE (remarquable) ; VALLEE DE L’IBIE (remarquable). La valeur de l’unité repose actuellement sur l’agriculture (vigne principalement) et sur la fonction résidentielle (principale d’abord, secondaire ensuite). Cependant, la valeur culturelle (et touristique) de l’unité est reconnue du fait de la présence des ruines gallo-romaines d’Alba, mais leur mise en valeur incomplète ne permet pas d’en faire un moteur du développement significatif. Cette valeur culturelle - complétée par la qualité des ensembles bâtis de l’unité - constitue un potentiel réel sous exploité.

Transformation

Les principales mutations en cours concernent la multiplication des villas individuelles et l’évolution de l’agriculture (hors vigne). La multiplication des villas risque de poser assez vite un problème sur l’image de ce paysage à partir d’un certain seuil qui n’est pas loi d’être atteint.Pour l’agriculture, les évolutions concernent peu la vigne, mais plutôt les autres cultures : les difficultés économiques rencontrées par les producteurs de fruits pourraient modifier fortement le paysage de la plaine de Lussas et la poursuite du recul de l’activité d’élevage (bocages des pentes du Coiron et prairiés de la montagne de Berg) pourrait entraîner la disparition des espaces de pâturage.Le support économique que constitue la N102 ne s’est pour l’instant pas traduit par l’implantation d’activités ou de commerce en bordure de l’axe mais cette hypothèse n’est pas écartée et pourrait rapidement modifier l’image de l’unité.Enfin, l’implantation d’éoliennes sur les reliefs qui bordent l’unité (plusieurs projets évoqués) viendra probablement modifier la percpetion de l’ensemble.. Précisions : L’image générale de l’unité, au moins dans sa partie centrale, est celle d’un paysage productif jardiné et habité. Cela repose sur un équilibre entre les divers éléments, équilibre qui pourrait basculer si :- la taille des parcelles agricoles augmente fortement- les constructions individuelles se multiplient démesurément, en particulier sous forme de lotissements (actuellement, principalement du diffus)- de nouvelles constructions \’hors gabarit\’ apparaissent (bâti en hauteur)- des infrastructures lourdes bouleversent l’unité (éoliennes, élargissement routes…)

Objectifs de qualité paysagère

Pour cela, il est recommandé de travailler sur :1) En matière de gestion :- renforcer la dimension culturelle de l’unité, basée tant sur les traces de l’antiquité, le bâti médiéval et la \’culture de l’agriculture\’ (Olivier de Serres, culture du vin etc…) : en faire un facteur de développement économique et touristique.- l’identification du \’seuil\’ à ne pas dépasser en terme de construction de maisons individuelles (éviter de passer de l’image de villas diffuses à une image de péri-urbain).- préservation des abords de la N102, pour éviter d’en faire une \’infrastructure lourde\’ dominante dans le paysage et accompagnée de zones d’activités, publicités etc…- préservation des terres agricoles, en particulier dans la plaine, en menant si besoin une politique foncière permettant de résister à la pression immobilière.- réinventer le modèle architectural de la villa, comme relation particulière du lieu d’habitat au paysage cultivé.- Surveiller l’évolution de la taille des parcelles pour éviter les trop grands regroupements.- veiller au maintien de l’élevage sur les pentes du Coiron et la montagne de BErg.2) En matière d’aménagement :- Zones à aménager : aires de repos de la N102, en particulier celle de Villeneuve, très en deça de la qualité attendue à cet endroit.- Valoriser les belvédères du Coiron (Mirabel, St-Laurent,…)- Valoriser le parcours du chemin de fer et ses ouvrages d’art.3) En matière de protection du paysage :- donner une cohérence à la protection de la corniche basaltique,- mettre en place des ZPPAUP sur les principaux villages (Mirabel, St-Laurent, Alba, Valvignères…)-…