Dépression d’Aubenas aux Vans

publié le 9 mai 2017
Département  : Ardèche
 
Communes  : MONTREAL, BALAZUC, CHAUZON, JOYEUSE, LABEAUME, LARGENTIERE, LAURAC-EN-VIVARAIS, ROSIERES, LACHAPELLE-SOUS-AUBENAS, CHASSIERS, LANAS, VINEZAC, LABLACHERE, SAINT-GENEST-DE-BEAUZON, UZER, CHAMBONAS, GRAVIERES, LES SALELLES, LES VANS, LES ASSIONS, VERNON
 
Famille de paysages : Paysages émergents
 
Surface (Ha) : 7369
 
Carte(s) IGN :

Impression générale

Autre nom possible : sillon du piémont cévenolCette unité paysagère marque par sa linéarité. Cette impression est accentuée par le fait que son principal mode de découverte est une route, la D 104. Si la présence agricole est forte – essentiellement la vigne et les arbres fruitiers – cette occupation est vivement concurrencée par l’urbanisation diffuse et par les infrastructures commerciales et touristiques.De fait l’impression générale est très contrastée selon l’itinéraire pris : depuis la D104 ce paysage apparaît hétérogène et en forte mutation selon des modèles sans relation au terroir ; depuis les petites routes transversales ou parallèles à l’axe principal, ce paysage viticole offre de très beaux ensembles relevant des paysages ruraux patrimoniaux.Cette impression de paysage en forte mutation est renforcée par le fait que l’on y accède souvent en traversant l’unité urbaine d’Aubenas qui, en dehors de son caractère urbain, fait partie de la même unité paysagère.

Identification

Les mutations en cours prennent place sur un espace agricole majoritairement hérité du XIXè siècle qui possède en soi une forte cohérence (fermes isolés, vignes alentours, petits édifices agricoles, murs de soutènement ou de clôture…). Cependant, cette organisation est bousculée par les évolutions actuelles qui relèvent de logiques fonctionnelles ou de services dépassant les enjeux de l’unité : infrastructures touristiques, élargissements routiers, édifices commerciaux, urbanisation diffuse… Ces éléments s’égrènent sans logique apparente le long de l’axe principal : leur architecture ne fait pas référence aux éléments patrimoniaux de l’unité et une rupture est même parfois recherchée. La cohérence de l’unité a disparu, elle ne tient plus que par la linéarité marquée par la route et le relief de chaque côté, ainsi que par les ponctuations que constituent les bourgs et villages.limites de l’unité : Le piémont cévenol gréseux au Nord Ouest (visuellement la limite va jusqu’aux crêtes cévenoles) ; le plateau des Gras au Sud-Est. A l’extrémité Sud-Ouest le Serre de la Barre. A l’extrémité Nord Est, l’unité se poursuit en réalité à travers l’unité urbaine d’Aubenas jusqu’au col de l’Escrinet.L’identité de cette unité tient à sa linéarité et à la silhouette des crêtes cévenoles qui la longe. Elle tient aussi à sa dimension fonctionnelle qui se traduit par un développement urbain rapide et hétérogène.Cette unité forme une dépression linéaire entre le pied des cévennes et le plateau calcaire des Gras. Cette position lui donne deux caractéristiques majeures :-des terres agricoles fertiles, irriguées, protégées et bien exposées, exploitées de tout temps en particulier pour la vigne et la culture du vers à soie-une fonction de pôle de service et d’axe de circulation et d’accès (desserte en peigne) pour toutes les vallées cévenoles.Ces deux caractéristiques expliquent en grande partie le paysage actuel et ses évolutions.Bien que formant une unité linéaire lisible du fait du relief et de l’axe principal de circulation, cette unité participe de 3 bassins versants distincts - la Ligne, la Baume et le Chassezac – formant ainsi 3 sous-unités séparées par des seuils peu perceptibles.On notera que l’unité se poursuit en réalité à travers l’unité urbaine d’Aubenas jusqu’au Col de l’Escrinet où l’on retrouve les mêmes caractéristiques, la ville d’Aubenas constituant le principal pôle urbain du secteur.La lisibilité de cette unité peut se concevoir par une succession de « couches » correspondant aux grandes périodes de développement qui ont structuré le territoire :-le réseau de bourgs et villages de l’époque médiévale, à la fois pôles de services et de contrôle des vallées cévenoles (les Vans, Joyeuse, Largentière…) ;-la structure agricole principalement héritée du XIXè siècle constituée de grosses fermes isolées entourées de vignobles jusqu’aux pentes cultivées en terrasses, marquant l’ensemble de l’espace-le développement récent autour de l’axe routier de la D104, s’accompagnant de zones commerciales et touristiques et d’extensions urbaines diffuses.La rapidité de développement de la période récente, l’origine des modèles (architecturaux, culturels, etc…) utilisés rendent cette dernière « couche » indépendante des 2 précédentes. Les évolutions récentes apparaissent non seulement en contraste mais aussi déconnectées des réalités du territoire. De ce fait, la lisibilité de l’unité est fortement perturbée et tient essentiellement aux caractéristiques du relief. On notera par exemple que la lisibilité de l’unité devient difficile au niveau de Lablachère car les récents aménagements routiers privilégient l’axe menant à Alès au dépend de l’axe « géographique et historique » menant aux Vans.C’est une unité qui se perçoit très différemment selon que l’on y réside ou non. Si l’on réside ailleurs, c’est une unité traversée : on y passe, on y vient pour se ravitailler, pour consommer, et puis on s’en va ailleurs. Et alors, même si les évolutions actuelles, qui renvoient à toutes les zones fonctionnelles de France, ne paraissent pas satisfaisantes, on s’en satisfait car elles répondent finalement à une fonction. Si par contre l’on y réside ou si l’on s’y promène, cette unité présente une qualité paysagère délicate et riche dès que l’on s’écarte de l’axe principal. Derrière la façade de l’axe D104, on découvre un paysage culturel de grande qualité bien que fortement « mité » par de l’habitat résidentiel diffus. La qualité du bâti, tant dans les villages que les fermes isolées, la qualité de l’aménagement de l’espace (terrasses, canaux, chemins et sentiers…) constituent un vocabulaire adapté qui n’attend qu’à être réinterprété.Au final, si l’on prend la peine de ce détour derrière le « miroir » de la D104, l’hétérogénéité de l’unité augmente, et l’impression d’inadaptation des aménagements récents se renforce.

Qualification

Paysages exceptionnels et remarquables présents : BOIS DE PAIOLIVE (exceptionnel) ; CEVENNE ARDECHOISE (remarquable) ; PLATEAU CALCAIRE A L’EST DES VANS (remarquable) ; REGION DES VANS (remarquable). La notoriété de cette unité est essentiellement touristique et elle se confond avec celle du Sud-Ardèche. Pourtant, à bien y regarder, cette notoriété touristique ne vient pas de l’unité elle-même mais de celles qui se trouvent à proximité : les cévennes d’un côté, les gorges de l’Ardèche et de ses affluents de l’autre. Dans cet ensemble, l’unité a un rôle de pôle de service, d’axe de circulation et de desserte. De ce point de vue, la notoriété de cette unité serait comme « usurpée » aux unités voisines dont elle n’est en réalité que « l’espace servant », justifiant ainsi les aménagements sans qualité qui s’y développent…Pourtant, cette unité présente des valeurs réelles : une fonction agricole historique, en particulier viticole (d’où par exemple le nom de Vinezac) ; et une fonction de commerce et de service ayant généré une « valeur urbaine » la rendant attractive du point de vue résidentiel.

Transformation

L’évolution de cette unité tient moins de ses besoins propres que des nécessités imposées par les unités voisines présentant une forte attractivité touristique. Ainsi, les évolutions en cours sont justifiées par le rôle « d’espace servant » de cette unité. Ceci explique en partie le fait que les aménagements réalisés récemment tiennent rarement compte des qualités propres à cette unité : ainsi, aménagements routiers, zones commerciales, zones d’activités suivent une logique extérieure à l’unité et se développent selon des modèles sans rapport à l’unité. Seule la fonction résidentielle présente un lien direct avec l’unité, même si les modèles architecturaux actuellement diffusés sont aussi en décalage avec les modèles traditionnels.La dynamique de mutation en cours tient fortement à l’axe routier D104 et les évolutions à venir sont dépendantes de l’aménagement de cet axe. Les déviations réalisées ou projetées, nécessaires du point de vue de la desserte, engendrent des potentialités d’urbanisation importantes. Ce développement urbain, extrêmement rémunérateur à court terme pour les propriétaires fonciers, entre directement en concurrence avec la fonction agricole de ce territoire mais aussi avec la fonction résidentielle qui bénéficie jusqu’à maintenant d’un « cadre de vie de qualité ». Le risque est donc d’une domination de la fonction « d’espace servant » (commerces, activités, circulation…) au détriment de la fonction agricole et de la qualité de vie.Une réflexion sur la répartition spatiale et la cohabitation entre ces différentes fonctions est nécessaire pour que les mutations en cours et à venir ne mène pas à une impasse en matière de développement.. Précisions : La rapidité de l’évolution tient principalement à l’activité touristique : la population du Sud Ardèche augmente très fortement en période estivale (jusqu’à décupler sur certaines communes comme Rosières). Une grande partie des mutations (recalibrages routiers, infrastructures touristiques, parkings, commerces, etc…) sont dimensionnés pour cette saison estivale et « culturellement conçues » pour être repérables par des touristes venus de toute l’europe. Certaines de ces mutations sont cependant nécessaires comme l’amélioration de la desserte routière qui reste un problème majeur de ce secteur : cependant, cette amélioration qui se réalise par tronçon s’accompagne chaque fois d’une ouverture de nouveaux espaces à l’urbanisation et d’un risque de développement urbain sur ses abords (déviation de Joyeuse), réduisant d’autant l’efficacité de la nouvelle desserte. La maîtrise foncière des abords de l’axe principal (D104) est un enjeu majeur du développement de l’unité.

Objectifs de qualité paysagère

Les recommandations paysagères peuvent être données selon les 3 fonctions majeures de cette unité :-pour la fonction agricole : mise en place d’une politique foncière active de préservation des espaces agricoles. Valorisation de l’aménagement de l’espace traditionnel (murets, terrasses, chemins, fermes isolées) et réinterprétation de ce vocabulaire dans les aménagements contemporains. Faire profiter de ce paysage agricole comme cadre de vie des espaces résidentiels et comme « vitrine » de l’unité depuis les axes routiers.-Pour la fonction service : éviter l’effet d’écran continue le long de la D104 et préserver des espaces d’ouverture sur les plaines agricoles et les paysages lointains (vues sur les Cévennes et sur les Gras), améliorer la qualité des aménagements (routes, zones d’activités et commerciales…) en travaillant sur la relation des aménagements nouveaux avec le paysage environnant ; proposer une charte architecturale des bâtiments industriels et commerciaux, renforcer l’aspect structurant de l’espace public, favoriser les autres modes de déplacement que l’automobile (circulations piétonnes et cycles)-Pour la fonction résidentielle : limiter strictement l’habitat diffus (ce développement n’est concrètement pas durable et est en forte concurrence avec l’espace agricole) et favoriser l’habitat polarisé limitant le développement des déplacements automobiles ; travailler sur la réinterprétation des modèles architecturaux traditionnels (en particulier à partir d’espaces spécifiques aux fermes isolées traditionnelles), renforcer l’ancrage de l’architecture au terrain naturel (éviter les implantations sur remblais) ; valoriser les maisons de village et les espaces publics des bourgs et villages.De façon générale :-travailler sur la complémentarité entre espace résidentiel, espace agricole et espace de service plutôt que sur la juxtaposition et la concurrence (l’espace agricole participe du cadre de vie, l’espace de service permet la polarisation des zones d’habitat etc…)-mettre en relation nouveaux aménagements et paysage existant en réinterprétant le vocabulaire traditionnel (travailler sur la base d’un levé topo précis, éviter les juxtaposition favoriser les continuités…)